Blog

111
222

Pénurie!

Un message « coup de gueule »

Cela fait plusieurs mois que nous attendons de recevoir notre laine d’alpaga en Bolivie pour pouvoir tricoter les modèles de la saison prochaine. La moitié de la commande nous a été livrée et depuis chaque semaine l’échéance est repoussée.

En discutant aujourd’hui avec Carla de Tejidos Carla (les producteurs des jolis petits jouets que nous vendons à la boutique) celle-ci m’indique qu’ils sont dans la même situation, que la pénurie est telle que les petits producteurs de tricots se sont associés pour trouver des solutions, partager leurs laines, pour tenter de ne pas perdre des commandes à cause du manque de matière première. Tout un artisanat est en danger.

De notre côté 1/3 de notre commande risque de ne pas voir le jour…

Quelles sont les raisons de cette pénurie? La Bolivie n’est-elle pas, selon les statistiques le 2e producteur mondial de fibre d’alpaga? Pourquoi est-ce tant difficile d’obtenir de la laine?

La réponse est complexe…je vais tenter de la simplifier…

La demande mondiale de fibre d’alpaga est très élevée, pour répondre aux besoins de l’industrie textile. Seulement c’est une fibre chère donc inadéquate pour une mode de masse. Il faut alors la transformer…et y intégrer du synthétique. En Bolivie les usines de production de laine n’ont pas l’équipement adéquat (heureusement pour nous!) pour intégrer du synthétique dans la fibre d’alpaga. Malheureusement deux poids lourds ont la technologie: la Chine et le Pérou. Les acheteurs chinois et péruviens mettent la main sur les « Tops » (bobines de fibres triées et lavées prêtes à être filées) boliviens et achètent en masse toute la production de Tops. Peu de laine terminée sort des usines boliviennes. Les commandes chinoises et péruviennes sont énormes, le travail pour les usines boliviennes est moins important. Alors celles-ci préfèrent honorer des grosses commandes plutôt que de répondre aux petites et moyennes commandes locales. La loi du commerce, la loi du plus fort encore et toujours…

Seulement pour honorer ces commandes, il faut laver la fibre. Sachant qu’il faut 12’ooo litres d’eau pour laver 200 kilos de fibres. Et ce n’est pas de l’eau péruvienne, ni de l’eau chinoise qu’on utilise. Mais de l’eau bolivienne, alors que le pays enregistre depuis 2016 des sécheresses sans précédent.

Sécheresse de 2018 à La Paz – en attendant le ravitaillement d’eau

En parallèle, l’Altiplano se vide. La sécheresse rend la vie des éleveurs et des agriculteurs difficile. L’exode rural est important. Les éleveurs préfèrent de plus en plus tuer leurs bêtes, vendre les toisons et la viande et utiliser l’argent pour s’installer à El Alto.

En discutant avec d’autres producteurs de produits tricotés j’apprends qu’une législation vient d’entrer en vigueur au Pérou. Une laine d’alpaga est considérée comme pure alpaga dés lors qu’elle ne contient pas plus de 25% d’acrylique….Alors les jolies pelotes Drops vendues en boutique ne seraient pas du 100% alpaga comme indiqué sur l’étiquette??

Enfin, je lis dernièrement que des scientifiques péruviens  sont en train d’élaborer une race d’alpaga plus productive qui pourrait engendrer plus d’un bébé par portée. Sachant qu’actuellement un alpaga n’a qu’un bébé par portée, que sa durée de gestation est entre 11 et 12 mois et qu’un animal « ne fournit que » 5 à 7 kilos de fibres par an.

Où va-t’on?? A réfléchir, affaire à suivre…

Sources

http://www.la-razon.com/sociedad/Ciencia_tecnologia/alpaca-Andes-clonada-cientificos-peruanos_0_2946905306.html

 

X